Peu d’hommes peuvent se targuer d’avoir marqué l’histoire de l’Islam par une précocité et une ferveur aussi absolues que celles d’Az-Zubayr Ibn El-‘Awwâm. Fils de Sâfiyya bint ‘Abd El-Muttalib, la tante paternelle du Prophète , il embrasse la foi à l’âge de quinze ans, s’engageant dans une voie qui fera de lui l’un des piliers de la communauté naissante. Son parcours est celui d’un dévouement total : il émigre d’abord en Abyssinie pour protéger sa foi, puis à Médine, participant par la suite à toutes les batailles aux côtés du Messager d’Allah .
Son lien avec le cercle prophétique se renforce encore lorsqu’il devient le gendre d’Abû Bakr en épousant sa fille Asmâ. De cette union naîtra ‘Abd Allah, le tout premier enfant à voir le jour chez les musulmans après l’Hégire, apportant une lueur d’espoir et de continuité à Médine.
Az-Zubayr n’était pas seulement un homme de foi, il était l’homme des missions périlleuses. Lors de la bataille des Coalisés, alors que l’incertitude planait, il fut le seul à répondre par trois fois à l’appel du Prophète pour infiltrer les rangs ennemis. C’est cet élan spontané qui lui valut ce titre unique :
Chaque prophète a un apôtre. Quant à mon apôtre, c’est Az-Zubayr.
rapporté par Al-Bukhari et Muslim (2)
Cette bravoure n’était pas nouvelle. Déjà à la Mecque, alors qu’une rumeur annonçait la mort du Messager d’Allah , le jeune Az-Zubayr avait traversé la ville, épée au poing, prêt à tout pour le venger, jusqu’à ce qu’il trouve le Prophète sain et sauf. Il devint ainsi le premier à brandir l’épée dans la voie d’Allah.
Son statut exceptionnel est scellé par son inclusion parmi les dix compagnons promis au Paradis et sa place parmi les six membres de la Shura (conseil de concertation) dont le Prophète est mort en étant satisfait.
Son mérite ne se limitait pas aux champs de bataille de la péninsule ; après la mort du Prophète , il poursuivit son engagement en Syrie, notamment lors de la bataille décisive d’El-Yarmouk, tout en restant un soutien solidaire du calife Uthman dans les moments de crise.
La fin de sa vie, en l’an 36 de l’Hégire, est marquée par une profonde noblesse d’âme. Lors de la bataille du Chameau, exhorté par ‘Ali Ibn Abi Talib, Az-Zubayr choisit de quitter le champ de bataille pour retourner vers Médine, refusant de prendre part à la fitna (la discorde). C’est sur ce chemin de retour qu’il fut lâchement assassiné par Amrou Ibn Djurmûz alors qu’il était âgé de 66 ou 67 ans. Pensant obtenir les faveurs d’‘Ali en lui apportant la tête du défunt, le meurtrier fut accueilli par une sentence sans appel, rapportée par ‘Ali :
Annoncez au meurtrier du fils de Sâfiyya qu’il ira en enfer !
Rapporté par Al-Hakim (3) et At-Tirmidhi (4), authentifié par Al-Albani
Réflexions
La Loyauté au-delà du Conflit
La figure d’Az-Zubayr Ibn El-‘Awwâm nous offre une leçon magistrale sur ce que signifie être un « apôtre » au quotidien. Sa vie démontre que la véritable force ne réside pas seulement dans l’action guerrière, mais dans la réactivité de l’esprit. Qu’il s’agisse de proposer ses services pour une mission d’espionnage risquée ou de brandir son épée le premier, il incarne l’individu qui ne pèse pas ses intérêts avant d’agir pour une cause juste.
Son rôle au sein de la Shura nous rappelle également que l’engagement ne s’arrête pas au sacrifice physique ; il s’étend à la responsabilité politique et au conseil de la communauté. Il montre que l’on peut être à la fois un homme d’action sur le terrain et un homme de sagesse dans les cercles de décision.
Enfin, son retrait lors de la bataille du Chameau illustre la primauté de la conscience sur l’ego. Bien qu’il fût un guerrier émérite et un homme de conviction, il a su s’arrêter dès que la vérité lui a été rappelée. Cela nous montre que la sincérité consiste parfois à savoir poser les armes et à faire marche arrière, même au milieu d’un tumulte social, pour préserver son intégrité spirituelle et la cohésion fraternelle.