Comment un homme issu d’une lignée de brigands est-il devenu l’un des piliers de l’honnêteté en Islam ? L’histoire de Djunub Ibn Djunâda, plus connu sous le nom d’Abû Dhar, est celle d’une quête d’absolu qui ne s’est jamais encombrée de compromis.
Tout commence par une intuition : intrigué par les échos d’un homme recevant des « informations du ciel », il envoie d’abord son frère en éclaireur. Peu satisfait du rapport, il décide de s’engager lui-même vers la Mecque pour obtenir une information directe.
Après une attente discrète, il est guidé par ‘Ali Ibn Abi Talib jusqu’au Prophète . Abû Dhar devient alors le premier à lui adresser les salutations de l’Islam. Captivé par l’échange, il embrasse la foi immédiatement, devenant l’un des tout premiers croyants de cette mission naissante. Mais sa sincérité est explosive : à peine converti, il proclame sa foi publiquement devant les polythéistes, ce qui lui vaut d’être roué de coups jusqu’à l’intervention d’Al ‘Abbâs, qui rappelle à la foule que leurs caravanes dépendent du territoire des Ghifâr. Cette droiture sans faille fait écho à l’injonction de vérité :
Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et soyez avec les véridiques.
Coran, Sourate At-Tawbah n°9, v119
Sur instruction du Prophète , il retourne dans sa tribu pour y propager le message. Il réussit à convaincre les siens et finit par émigrer après la bataille du Fossé pour rester aux côtés du Messager sans plus jamais le quitter.
Après la mort du Prophète et d’Abou Bakr, son besoin de cohérence le mène en Syrie. Cependant, un différend avec Muawiya sur la gestion des richesses l’amène à être rappelé à Médine par le calife Uthman. Vigilant face à l’orgueil et au luxe, il finit par choisir le retrait volontaire à Errabdha, emmenant avec lui sa femme et ses enfants. Cette vigilance du cœur lui vaut un témoignage unique :
Il n’y a personne sur la terre, ni sous le ciel, qui soit plus véridique dans ses propos qu’Abû Dhar.
Rapporté par At-Tirmidhi, authentifié par Al-Albani (2)
En l’an 32 de l’Hégire, ce voyageur solitaire s’éteint à Errabdha. Alors que sa famille s’inquiète de ne savoir comment l’enterrer, Ibn Mas’ûd, de passage, reconnaît l’homme et procède à son lavage et à son enterrement. Fidèle à l’esprit de fraternité qui survit aux désaccords, le calife Uthman prendra ensuite ses enfants sous sa protection pour les élever comme les siens.
réflexions
La boussole de la Sincérité
La trajectoire d’Abû Dhar offre une boussole pour nos réalités modernes. Elle nous montre d’abord que la sincérité commence par la vérification personnelle : comme lui, nous devons chercher la preuve par nous-mêmes plutôt que de subir la surinformation ou de nous contenter de rapports de seconde main.
Elle illustre ensuite une forme de courage social rare : celui de ne pas sacrifier ses principes pour le confort. Son différend avec Muawiya n’est pas une simple querelle d’opinion, c’est le refus de voir le système (l’accumulation des richesses) corrompre l’intention initiale.
Pourtant, la fin de sa vie nous offre un enseignement tout aussi crucial sur la fraternité structurelle : bien que ses idées l’aient mené au retrait, le lien humain avec la communauté (symbolisé par le geste d’Uthman envers ses enfants) n’a jamais été rompu.
Enfin, son choix d’Errabdha rappelle qu’il est parfois nécessaire de s’extraire de l’agitation pour protéger sa paix intérieure. Ce retrait n’est pas une fuite, mais une sobriété choisie pour maintenir un lien inaltéré avec ses principes, faisant de la simplicité le rempart ultime de la clarté du cœur.